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samedi 23 mars 2013

Battle of Wittenweier (3) 1638


And last, two other accounts of the battle of Wittenweier (from Ramsay's Turenne and Richelieu's memories :

Enfin, deux autres petites relations de la bataille de Wittenweier d'après l'Histoire de Turenne de Ramsay et les Mémoires de Richelieu : 

« La victoire de Rhinfeld mit le duc Bernard en état de bloquer Brisach. (…) Enfin le duc Bernard commença le siège de Brisach au mois d’avril (1638).
Le cardinal de Richelieu envoya deux renforts à ce Prince (le duc de Weimar), sous la conduite du vicomte de Turenne et du comte de Guébriant, comme lieutenants-généraux, grade qui commença dès lors seulement à être connu en France. (…) Le général Goetz et le duc Savelli assemblèrent une armée sur les bords du Danube, s’approchèrent de Brisach, firent diverses marches autour de la ville, et par deux fois trouvèrent moyen d’y jeter quelques vivres. Pour empêcher de pareils secours dans la suite, le duc Bernard prit la résolution d’aller attaquer l’armée ennemie : il sortit de ses lignes avec les deux tiers de la sienne qui n’était que de 16 000 hommes ; le général Goetz en avait 20 0001. Weimar n’eut pas marché deux heures par des chemins couverts et très étroits qu’il rencontra les ennemis dans la plaine de Wittenweir : il s’y mit en bataille : après quelques décharges d’artillerie de part et d’autre, les deux armées s’ébranlèrent et se choquèrent avec furie. l’aile droite impériale fut renversée dans un ravin qui était derrière elle, et mise en déroute sans pouvoir se rallier : le duc Savelli qui la commandait fut pris avec 7 pièces de canon. L’aile droite de Weimar, qui se trouva dans un terrain très désavantageux, fut rompue : Goetz qui était posté sur une hauteur allait la prendre en flanc et le vicomte de Turenne qui la commandait courait risque d’être enveloppé, si le duc de Weimar ne fût venu à son secours : ce prince fondit sur Goetz, qui demeura ferme sur l’éminence qu’il occupait. Il eut été difficile de l’en déloger de force, on eut recours à un stratagème : le comte de Guébriant conseilla d’envoyer dans la forêt voisine quelques cavaliers avec des tambours et des trompettes. Au bruit que firent ces instruments, les Impériaux croyant qu’on venait les attaquer par derrière, quittèrent la hauteur où ils étaient : les troupes de Weimar s’en saisirent, et prirent en même temps le canon des Impériaux à l’aile gauche ; dans la chaleur et dans la confusion, les Impériaux prirent aussi celui des confédérés à l’aile droite, et de part et d’autre on se servit de l’artillerie ennemie pour se canonner. Après sept heures de combat, où toutes les troupes allèrent plusieurs fois à la charge, les Impériaux furent mis en fuite, et cédèrent au duc Bernard une victoire complète dont le comte de Guébriant et le vicomte de Turenne partagèrent la gloire. Goetz se sauva, et perdit dans ce combat tout son canon, ses munitions, 3000 chariots, 5000 sacs de blé et tout son bagage. Il resta 2000 impériaux sur place, on fit 1500 prisonniers, et l’on prit 45 étendards et tous les drapeaux. » 
(Source : Histoire du vicomte de Turenne)
(1) En réalité plutôt 18 000.

« Cette lettre n’a autre fin que de vous donner avis d’une signalée victoire que monsieur de Weimar a obtenue sur les deux armées de Goetz et Savelli, où il a remporté 80 tant drapeaux que cornettes, 11 pièces de canon, tout le bagage, 6000 sacs de blés et 40 milliers de poudre, qu’ils voulaient jeter dans Brisach. le combat a duré depuis une heure après midi jusqu’à 10 heures du soir. Il est demeuré 3000 hommes sur place, dont monsieur de Weimar en a perdu 4 ou 500 cents. C’est monsieur de Weimar qui a attaqué les ennemis, après les avoir cherchés deux jours entiers. Tubal (Taupadel) et Vernancourt seuls ont été emmenés prisonniers, poursuivant trop chaudement les ennemis, entre lesquels ils se trouvèrent seuls trop avancés. Monsieur de Weimar a plus de 800 prisonniers. » 
(Source : Lettre du cardinal de Richelieu aux Maréchaux de la Force et Châtillon le 21 août 1638)

« Le Roi lui envoya (au duc de Weimar), pour renforcer son armée, le sieur de Guébriant avec 4000 hommes de pied qui le joignirent. (…)
Sa Majesté lui envoya, à la fin de juin, le vicomte de Turenne avec un corps assez considérable, composé pour la plus grande partie de Liégeois qu’il avait levé à Liège. Car Sa Majesté voulant rendre ses armées plus puissantes, (…) enviya dès la fin de l’année précédente (1637) le sieur d’Aigueberre, aide de ses camps et armées, à Liège pour y faire la levée de 26 cornettes de chevau-légers, 10 de mousquetaires à cheval, toutes de 100 hommes chacune, et de 40 compagnies d’infanterie de 150 hommes chacune, pour faire 6000 hommes de pied et 3600 chevaux, et envoyer la cavalerie par terre en France   , et l’infanterie par mer par voie de Hollande. (…)  Mais à peine une partie desdites troupes arrivées à leurs quartiers, que Piccolomini les vint attaquer, la nuit du 18 mars, dans leur quartier, où elles n’étaient que depuis un jour. (…)
Le vicomte de Turenne, que Sa Majesté y envoyait pour les commander et conduire en France lorsqu’elles seraient en état de marcher, y arriva incontinent après qu’elles eu reçu cet échec, et fit faire la revue de ce qui restait, qu’il ramena au commencement de mai en France, avec ceux qui furent encore levés depuis, qui tous ne montèrent que jusqu’à 3000 hommes. (…) Sa Majesté les fit passer devers le duc de Weimar.
Goetz et Savelli s’étant joints ensemble pour tenter encore le secours, et escortant, avec toute leur armée le long du Rhin, des bateaux chargés de blé qu’ils voulaient conduire dans Brisach, Weimar les alla attaquer lui-même près de Wiltzenheim, et après un combat de huit heures, opiniâtreté de part et d’autre, demeura maître des deux champs de bataille, du canon, vivres, munitions et de la plus grande part du bagage des ennemis. » 
(Source : Mémoires de Richelieu)


 Bernard de Saxe-Weimar

Jean-Baptiste Budes comte de  Guébriant 


mardi 19 mars 2013

Battle of Wittenweier (2) 1638


Voilà une nouvelle relation de la bataille, extraite de l'Histoire de Guébriant :
Here is a new account of the battle, from the Histoire de Guébriant :

« Le duc de Weimar quitta Kenzingen (…) ; il trouva le comte de Guébriant en armes au point du jour tout prêt à marcher avec lui contre les ennemis qui gagnaient toujours chemin pour éviter le combat. Toutefois Goetz s’était vanté que nous ne l’osions attaquer, nous le découvrîmes après une heure de marche, aussitôt il chercha un lieu avantageux pour poster son armée, et gagna le haut d’une montagne, qui était au-delà d’une petite rivière qui faisait un marais entre lui et nos gens. Il s’aida encore d’un village assis dans le pied de la montagne, dont l’église était forte et quelques maisons de défense, pour empêcher les approches de son camp. Il mit son canon en batterie et fit toutes les contenances d’un homme résolu au combat ; mais c’était témoigner en effet n’en avoir pas beaucoup d’envie, que de chercher tant d’avantages, et de ne nous pas attendre dans la plaine où nous ne les pouvions attaquer à forces égales ; puisqu’il avait 18 000 hommes, et nous 14 000 seulement.
C’était assez pour ce jour d’avoir contraint l’ennemi à chercher un lieu de sûreté, que nous ne pouvions approcher, il lui fallut donner le loisir de déloger pour le rejoindre autre part, et pour cela l’on partit à midi pour se retirer à Molberg, où le comte de Guébriant qui était en son jour de commander l’arrière-garde, arriva sur les quatres heures du soir en si bon ordre, qu’il ne perdit pas un seul homme, aucun des Impériaux n’ayant osé désemparer pour nous donner en queue.
Le lendemain nos coureurs rapportent nouvelles de leur délogement et dès l’heure le duc de Weimar fit monter à cheval les régiments d’Ohm, Rosen, Nassau et Podebus (Potbus), pour aller en toute diligence à la découverte des ennemis vers le Rhin, et marcha après avec le reste de l’armée. Le comte de Guébriant qui conduisait l’arrière-garde la disposa de 5 bataillons d’infanterie, au milieu de 14 régiments (escadrons) de cavalerie, 7 à droite et 7 à gauche pour la première ligne. Le vicomte de Turenne menait la seconde ligne composée de 8 escadrons de cavalerie et de 3 bataillons d’infanterie. Le corps de bataille n’était que de 2 escadrons d’Ohem (Ohm) seulement. En cet ordre ils marchèrent deux heures par des chemins couverts jusqu’en la plaine de Werthenwiel, où ils surprirent l’ennemi, qui n’eut que le loisir de se préparer au combat.
Le duc de Weimar donna l’aile droite au comte de Guébriant et prit la gauche pour lui. Le canon avancé de part et d’autre fit grand escarre contre les bataillons ; mais ils n’en furent pas moins ferme, et la mêlée étant commencée, les nôtres y entrèrent avec tant d’ardeur et d’obstination sous la conduite du Duc et du comte de Guébriant, qu’ils enfoncèrent l’avant-garde impériale de droite et de gauche, et la renversèrent dans le fossé qu’elle avait derrière soi. Le duc Savelli qui la commandait fut mis en déroute sans se pouvoir rallier, et 7 pièces de canon prises, 2 desquelles étaient des 24 livres de balles.
Notre arrière-garde n’eut pas d’abord le même succès, elle reçu esclandre aux premières approches, nonobstant la brave résistance du vicomte de Turenne qui la commandait, et du général major Taupadel, qui fut fait prisonnier après avoir trois fois repoussé son régiment. Le vicomte de Turenne fut en pareil dangers, mais l’arrivée du duc de Weimar et du comte de Guébriant sauva le reste des siens, et lui apporta sa part de leur bonne fortune. Ils vinrent fondre sur Goetz après avoir taillé en pièce  tout ce qui restait de l’avant-garde du duc Savelli, et leur présence et leur exemple donnant de nouvelles forces à nos soldats, ils les suivirent au milieu des plus épais bataillons de l’ennemi, qui de son côté fit tout le devoir possible pour conserver son premier avantage de ce côté-là, et demeura si ferme sur l’éminence de laquelle il combattait, que le duc et le comte jugèrent bien qu’il serait mal-aisé de l’en déloger de force sans grande perte et sans hasard puisqu’ils eurent recours aux stratagèmes.
Le comte de Guébriant lui fit trouver bon celui-ci, d’envoyer dans la forêt prochaine nombre de cavaliers avec des tambours et des trompettes. Ce conseil eut l’effet qu’il s’en était promis, car les ennemis quittant peu à peu leur tertre pour tourner du côté du bruit, les nôtres s’en saisirent, comme aussi quelques pièces d’artillerie, mais avec tant de précipitation, qu’ils ne s’aperçurent pas qu’en même temps les Impériaux se trouvèrent maître de canon. Ce balancement d’avantage donna de nouvelles ardeurs à l’un et à l’autre parti, nos ennemis qui avaient peu auparavant fait tous les efforts pour démonter notre artillerie, furent bien aises d’avoir manqué leur dessein pour s’en servir contre nous-mêmes, qui les battions avec les boulets d’Autriche et de Bavière de dessus leur propre éminence, d’où nous les chassâmes à pied. Enfin le jour finissant, leur ardeur se ralentit avec le soleil, la cavalerie plia, l’infanterie fut aussitôt rompue entièrement, et toute l’armée entière mise en déroute, chacun cherchant son salut dans le plus épais du bois où ils furent poursuivis, tant que le jour permit aux nôtres de les découvrir dans cette obscurité, que la nuit aida encore de ses ténèbres pour les dérober à la chaude poursuite des nôtres.
La bataille dura sept heures entières, et le plus grand effort se fit contre Goetz, qui se pût longtemps flatter de l’espérance de l’emporter, non seulement sur notre arrière-garde, qu’il avait accablée avec de plus grandes forces, mais contre toute notre armée, qui fut trois fois à la charge sans grand progrès, avant l’invention du stratagème du comte de Guébriant. Nous y perdîmes 900 hommes et plusieurs des nôtres remportèrent des marques honorables de leur devoir. Les plus signalés des blessés furent le comte de Nassau et le colonel Rotenhan. Le duc de Weimar et le comte de Guébriant firent merveille, tant à la conduite de l’avant-garde contre Savelli qu’ils défirent d’abord, qu’au retour pour le secours de l’arrière-garde contre Goetz, ou le vicomte de Turenne courut tous les dangers de la guerre avec le général-major Taupadel, dans la généreuse résolution de vaincre ou de mourrir. Du côté des ennemis il y eut perte de 4400 morts sur le champ, et entre eux plusieurs officiers, l’on fit 1300 prisonniers, et les deux camps de Goetz et Savelli nous demeurèrent avec 11 pièces de canons, 2 mortiers, 45 cornettes, 38 drapeaux, près de 3000 chariots, tout le bagage et les munitions, et avec cela 5500 sacs de blé qu’ils avaient ramassés avec beaucoup de peine pour jeter dans Brisach, voiture funeste pour eux, qui nous donna une victoire très importante, et d’autant plus signalée, que nous les attaquâmes avec un tiers moins de leurs forces, et en cela plus glorieuse, qu’elle eut une suite très fortunée.
Le duc de Weimar ne se priva point de la gloire que cette victoire lui acquit, encore qu’il en donnât l’honneur au comte de Guébriant. Il l’embrasse devant toute l’armée, il le loua hautement des grands devoirs qu’il avait rendu en cette occasion. » 
(Source : Histoire du Maréchal de Guébriant)


Ci-dessus : carte réalisée d'après / map according to Mercure Français, Theatrum Europaeum, Heilmann, Guthrie.

L’armée bavaroise et impériale à Wittenweier



Götz avait autour de 12 000 bavarois (à peu près 6800 fantassins et 5200 cavaliers) et Savelli lui a apporté 4000 impériaux (2000 fantassins et 2000 cavaliers).
Après avoir partagé l’armée, l’avant-garde de Savelli compte 8200 hommes et l’arrière-garde de Götz 8000 hommes.

1- L’avant-garde de Savelli (4200 fantassins et 4000 cavaliers) :
Troupes impériales de l’avant-garde : régiment d’infanterie Waldstein (Wallestein), deux compagnies de Caretto, une compagnie d’Hindersheim (Henderson ?), 5 compagnies d’Enkenvoirt (Enkefort ?), recrues de Bourgogne, Lamboy (cuirassiers), Metternich (cuirassiers), Schönsal (Seneschal ? cuirassiers), Weyer (cuirassiers), Sperreuter (cuirassiers), dragons de Crazische (Kratz), dragons de Gallas, recrues de Wevin et Ricola.
Troupes bavaroises de l’avant-garde : régiments de cavalerie de Meissinger, Limpach (Limbach), Wartenberg, Neu-Wert, Neuneck et régiments d’infanterie Stefan Albert, de Buich (de Puech ?) et Schnetter.
L’artillerie de Savelli compte 3 faucons et 2 demi-canons (de 24 livres).

2- L’arrière-garde de Götz (4600 fantassins et 3400 cavaliers) :
Régiments d’infanterie bavarois Reinach, Götz, Edlinstetten, Hasslang et Metternich.
Régiments de cuirassiers  Götz, Horst, Gayling, et Kolb ; régiments d’arquebusiers Alt-Wert et Truckmüller.
Les régiments Harthausen, Metternich, Vehlen et Redetti n’ayant ensemble pas plus de 150 chevaux.
Artillerie et train : 8 demi-canons, 4 demi-couleuvrines, 15 faucons et fauconneaux, 3 mortiers.

Source : Heilmann - Kriegsgeschichte von Bayern Franken et W. P. Guthrie.

lundi 18 mars 2013

Battle of Wittenweier, 9 of august, 1638

La bataille de Wittenweier réunit un des plus grands généraux allemands (Bernard de Saxe-Weimar), et deux des plus grands généraux français de la guerre de Trente ans (Guébriant et Turenne).
L'armée franco-weimarienne de Bernard, Guébriant et Turenne affronte l'armée Bavaroise et Impériale de Götz et Savelli sur les bords du Rhin.

The Battle of Wittenweier meets one of the largest German generals (Bernard of Saxe-Weimar), and two of the greatest French generals of the Thirty Years War (Guébriant and Turenne).

The Franco-Weimarian army of Bernard and Turenne Guébriant faces the Bavarian army and Imperial Götz and Savelli on the Rhine.

« Il y avait longtemps que le duc de Weimar cherchait l’occasion pour attirer le général Goetz en campagne, et de le voir en état de combattre. Il apprit dans Fribourg le 5 août que ce général était résolu de faire entrer grande quantité de vivres dans Brisach, tant par terre que par bateaux, et qu’à cet effet le duc de Savelli l’avait joint avec 2000 chevaux et 2000 hommes de pied. Ce qui l’obligea de venir camper près de Kenzingen, à six lieues de Fribourg, moitié chemin d’Ossembourg à Brisach, et de joindre aussi à son armée les troupes françaises du comte de Guébriant et celles du vicomte de Turenne, qui consistaient en 1400 hommes de pied et 4 ou 500 chevaux. Et suivant le dessein qu’il avait sur cette place de Kenzingen, qu’il était allé reconnaître dès le 7, il donna l’ordre en même temps au comte de Guébriant de s’avancer avec une grande partie de l’armée, et se saisir du poste de Molberg. Étant donc à cheval avec six régiments de cavalerie commandés par le général Dubatel (Taupadel) et 2000 hommes de pied, pour reconnaître encore plus la place, et ordonner les lieux par où elle devait être attaquée, il reçu avis que l’armée ennemie devait le lendemain arriver près du Rhin, et finalement que toutes les troupes de cavalerie et infanterie étaient à Schuteren, qui n’est quà une lieue et demi de Molberg. Après avoir un peu reposé à Kenzingen, il en partit sur la nuit, et fit avertir le vicomte de Turenne de tenir toutes choses prêtes pour marcher vers Molberg où il fut le lendemain au point du jour, et y trouva les troupes du comte Guébriant toutes disposées, de sorte qu’en même temps il marcha contre les ennemis en bel ordre de bataille.
Les ennemis ayant été découverts par notre avant-garde commandée alors par le vicomte de Turenne, gagnèrent le haut d’une montagne qui était au-delà d’une petite rivière, et avaient aussi devant eux un village assis au pied de la montagne, où étaient une forte église, et quelques maisons de défense, avec les avenues qui se trouvaient avantageuses pour eux, de sorte qu’ils mirent en batterie leurs canons, qui consistaient en onze pièces, les unes de 24 livres de balle, et les moindre de 6 livres. Ils prétendaient par ce moyen d’éloigner les nôtres, et d’empêcher le duc de Weimar de se mettre en bataille si proche d’eux. Ce qui témoignait qu’ils n’avaient pas grande envie de combattre. mais les nôtres étaient en impatience d’en venir aux mains. De fait quelques Français ayant été commandés de reconnaître les avenues, poussèrent si avant, que s’étant exposés au canon des ennemis, 100 ou 120 demeurèrent sur la place. Le duc de Weimar voyant que les ennemis s’étaient mis en lieu de sûreté, et qu’il ne lui était pas possible de les en déloger, après avoir répondu de son canon, qu’il avait mis en batterie sur une montagne opposée à celle que les ennemis avaient occupée, pensa désormais à la retraite, qu’il fit en bon ordre, et reprit son premier poste à Molberg, où l’arrière-garde conduite alors par le comte de Guébriant arriva sur les quatre heures du soir.
L’ennemi partit de ce poste dès la pointe du jour, et le duc de Weimar l’ayant crû de la sorte, bien que les rapports qu’on lui  en faisait fussent différents, avait commandé que chacun pensât à se rafraîchir, pour être prêt au premier commandement, tellement que le 9 août il envoya vers le Rhin les régiments d’Ohm, rosen, Nassau et Podebus (Potbus), et ne tarda guère à les suivre.
La marche de son armée était en cet ordre. L’avant-garde commandée par le comte de Guébriant était composée de 5 bataillons d’infanterie au milieu de 14 escadrons de cavalerie, savoir 7 à sa droite et autant à sa gauche. le régiment de Dubatel (Taupadel) composait les deux premiers et plus avancés escadrons de la droite. À leur gauche étaient deux escadrons de Schen (Schon), et à la gauche ceux de ceux-ci deux autres de Calembach (Caldenbach), fermés par un escadron de Retachau (Rotenhan), qui avait à sa gauche l’infanterie, savoir le régiment de Rebé, et à la gauche de celui-ci le régiment de Boyon (Bovyon), puis ceux de Vandy et Sauveboeuf, celui de Sinot fermé par celui de Schomberg, qui avait à sa gauche 2 escadrons de Podebus (Potbus), ceux-ci trois de Rose (Rosen), fermés par deux de Nassau. Tout cela ne composait que la première ligne.
Sur la seconde étaient, pour l’arrière-garde commandée par le vicomte de Turenne, 8 escadrons de cavalerie, et au milieu d’eux, 3 bataillons d’infanterie. Le premier de ces escadrons était Kanofski (Kanoffsky), les trois de sa gauche ceux de Schmidberg, et à la gauche de ceux-ci le régiment de gens de pied de Vernancourt, et à la gauche de de celui-ci le régiment de Forbus, qui avait les Liégeois à la sienne, et ceux-là avaient encore à leur gauche 3 escadrons fermés par celui de Wittersheim.
Le corps de bataille était composé de deux escadrons d’Ohem (Ohm), et le tout faisait 24 escadrons de cavalerie et 8 bataillons d’infanterie, outre les troupes de réserve commandées par Canofsi (Kanoffsky).
Les impériaux combattirent pour leur part avec 24 escadrons de cavalerie et 11 bataillons d’infanterie, qui étaient les uns et les autres plus forts que les nôtres de 3 à 4000 hommes.
Notre armée marcha durant deux heures en des chemins couverts, et en bon ordre ; après quoi elle fit rencontre de l’avant-garde de l’ennemi. le duc de Weimar avait déjà pris l’aile gauche à conduire laissant la droite au comte de Guébriant, auquel il demanda de détacher les enfants perdus, et de mettre l’avant-garde en bataille. On fit jouer le canon de  part et d’autre, qui donnait dans les escadrons et bataillons opposés. Ensuite de quoi commença la mêlée à une heure après midi, et l’avant-garde de l’ennemi fut rompue au premier choc de droite et de gauche, ayant été renversée dans un grand fossé qu’elle avait derrière soi, elle y laissa 7 pièces de canon, deux desquelles étaient de 24 livres de balle, et le duc Savelli, qui la commandait, ne tint pas plus ferme que les autres, mais courut grande fortune d’être pris pour une troisième fois, et fut ensuite blessé de deux coups de pistolet dans les reins.
L’arrière-garde des ennemis, commandée par le général Goetz, témoigna beaucoup plus de courage et de valeur, elle traversa toute la forêt, et surmontant l'âpreté des chemins, vint rencontrer les nôtres par le côté ou Dubatel (Taupadel) et Schem (Schon), qui avaient changé leur ordre et pris rang dans l’arrière-garde, furent contraints de plier, Dubatel (Taupadel) combattant vaillamment, après avoir rompu les régiments de Goetz par trois fois, fut fait prisonnier. Le vicomte de Turenne, se mêlant l’épée au poing parmi les ennemis, ne laissait pas de donner les ordres par tous les rangs des siens, dont était le régiment de Vernancourt, qui fut défait, et le colonel pris pas ses ennemis, au pouvoir desquels demeurèrent quelques canons des nôtres, jusqu’à ce que le duc de Weimar ayant tourné tête de ce côté-là, avec le comte de Guébriant, le colonel Schomberg  et aucuns des plus résolus qui se trouvèrent près de lui, fondit sur cette arrière-garde.
Ce fut lors que le combat fut opiniâtreté plus que devant, et la victoire demeura incertaine pendant cinq heures parmi les bons succès des uns et des autres. Tous nos escadrons, voire l’armée entière, furent plusieurs fois à la charge. L’infanterie qui eut l’honneur d’être commandée par le duc de Weimar en personne, témoigna une grande fermeté, et les plus tardifs des mousquetaires y firent leur décharge six ou sept fois, le combat ayant duré jusqu’à la nuit, qui donna moyen aux ennemis de se retirer, après avoir perdu leur champ de bataille, comme ils avaient abandonné leur poste à la première rencontre des nôtres.
Après la bonne conduite et le courage du duc de Weimar, qui assembla plusieurs fois les cavaliers, les mena à la charge, et la digne assistance du vicomte de Turenne et du comte de Guébriant, presque tous les officiers de l’armée, Français et Allemands, rapportèrent sur eux, ou sur leurs chevaux marques honorables du service qu’ils avaient rendu.
Les ennemis y perdirent près de 2000 hommes morts sur place, où étaient plusieurs chefs et officiers, outre quantité de blessés, 1200 ou 1500 prisonniers, parmi lesquels on a compté près de 200 officiers, hauts ou bas. Toute leur artillerie consistant en 11 pièces, tant grosses que petites, avec deux gros mortiers, le bagage, 5500 sacs de blé, quarante milliers de poudre, et 84 cornettes ou drapeaux, dont les devises principales se voient en l’Extraordinaire du 23 septembre, avec 2 ou 3000 chariots, demeurèrent au pouvoir du vainqueur. (…)
Le duc de Weimar après avoir été deux jours sur le champs de bataille, près Wittenweier, en partit le 11 août, et ne perdit que 500 soldats, ou cavaliers, avec quelques officiers, entre autres le colonel Sinot Irlandais. Le comte Guillaume Otho de Nassau, et les colonels Rose (Rosen) et Rotenhan furent fort blessés. Il y eut fort peu de prisonniers de sa part, les seuls considérables desquels furent le général major Dubatel (Taupadel) et son maréchal des logis. Il y perdit aussi pendant la mêlée avec Goetz combattant avec l’arrière-garde, 8 cornettes et 14 drapeaux. Après la bataille, le colonel Ohm Suédois, avec quelques escadrons de cavalerie, se mit à poursuivre les fuyards, et le duc de Weimar avec son infanterie et 4 escadrons de cavalerie se présenta devant Kenzingen.  » 
(Source : Mercure Français de 1638)


Les contingents du comte de Guébriant et du vicomte de Turenne :

État des troupes que le Roy fait passer présentement en Allemagne, sous le commandement du sieur de Guébriant Maréchal de Camp, pour fortifier l’armée de Monsieur le Duc de Weimar, le 13 mars 1638.



Le régiment de Vandy de 20 compagnies sans comprendre les recrues         700 hommes
Le régiment de Rébé aussi de 20 compagnies, sans comprendre les recrues 700
Celui du sieur de Sauvebeuf Maréchal de Camp                         600
Celui de Cargret de 12 compagnies                         600
Celui du colonel Schmidberg, composé de 15 compagnies      1200
Les nouvelles levées dudit sieur Schmidberg              1000
Le régiment de Sinot Irlandais                                300
Des troupes qui sont en Alsace                        300
Total desdites troupes                                     5400 hommes

Les régiments amenés par le vicomte de Turenne sont les régiments de Bovyon et de Vernancourt composés de 1500 hommes de pied et 800 chevaux liégeois. Mais ils seront moins de 1400 hommes de pied et moins de 500 chevaux le jour de la bataille.


Ci-dessous : représentation de la bataille de Wittenweier selon le Theatrum Europaeum. L'ordre de bataille franco-weimarien est faux, le graveur n'ayant représenté que les troupes weimariennes.

Below : drawing of the battle of Wittenweier according to the Theatrum Europaeum. The order of battle of the franco-Weimarian army is false, the engraver having represented only the weimarian troops.