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samedi 23 mars 2013

Battle of Wittenweier (3) 1638


And last, two other accounts of the battle of Wittenweier (from Ramsay's Turenne and Richelieu's memories :

Enfin, deux autres petites relations de la bataille de Wittenweier d'après l'Histoire de Turenne de Ramsay et les Mémoires de Richelieu : 

« La victoire de Rhinfeld mit le duc Bernard en état de bloquer Brisach. (…) Enfin le duc Bernard commença le siège de Brisach au mois d’avril (1638).
Le cardinal de Richelieu envoya deux renforts à ce Prince (le duc de Weimar), sous la conduite du vicomte de Turenne et du comte de Guébriant, comme lieutenants-généraux, grade qui commença dès lors seulement à être connu en France. (…) Le général Goetz et le duc Savelli assemblèrent une armée sur les bords du Danube, s’approchèrent de Brisach, firent diverses marches autour de la ville, et par deux fois trouvèrent moyen d’y jeter quelques vivres. Pour empêcher de pareils secours dans la suite, le duc Bernard prit la résolution d’aller attaquer l’armée ennemie : il sortit de ses lignes avec les deux tiers de la sienne qui n’était que de 16 000 hommes ; le général Goetz en avait 20 0001. Weimar n’eut pas marché deux heures par des chemins couverts et très étroits qu’il rencontra les ennemis dans la plaine de Wittenweir : il s’y mit en bataille : après quelques décharges d’artillerie de part et d’autre, les deux armées s’ébranlèrent et se choquèrent avec furie. l’aile droite impériale fut renversée dans un ravin qui était derrière elle, et mise en déroute sans pouvoir se rallier : le duc Savelli qui la commandait fut pris avec 7 pièces de canon. L’aile droite de Weimar, qui se trouva dans un terrain très désavantageux, fut rompue : Goetz qui était posté sur une hauteur allait la prendre en flanc et le vicomte de Turenne qui la commandait courait risque d’être enveloppé, si le duc de Weimar ne fût venu à son secours : ce prince fondit sur Goetz, qui demeura ferme sur l’éminence qu’il occupait. Il eut été difficile de l’en déloger de force, on eut recours à un stratagème : le comte de Guébriant conseilla d’envoyer dans la forêt voisine quelques cavaliers avec des tambours et des trompettes. Au bruit que firent ces instruments, les Impériaux croyant qu’on venait les attaquer par derrière, quittèrent la hauteur où ils étaient : les troupes de Weimar s’en saisirent, et prirent en même temps le canon des Impériaux à l’aile gauche ; dans la chaleur et dans la confusion, les Impériaux prirent aussi celui des confédérés à l’aile droite, et de part et d’autre on se servit de l’artillerie ennemie pour se canonner. Après sept heures de combat, où toutes les troupes allèrent plusieurs fois à la charge, les Impériaux furent mis en fuite, et cédèrent au duc Bernard une victoire complète dont le comte de Guébriant et le vicomte de Turenne partagèrent la gloire. Goetz se sauva, et perdit dans ce combat tout son canon, ses munitions, 3000 chariots, 5000 sacs de blé et tout son bagage. Il resta 2000 impériaux sur place, on fit 1500 prisonniers, et l’on prit 45 étendards et tous les drapeaux. » 
(Source : Histoire du vicomte de Turenne)
(1) En réalité plutôt 18 000.

« Cette lettre n’a autre fin que de vous donner avis d’une signalée victoire que monsieur de Weimar a obtenue sur les deux armées de Goetz et Savelli, où il a remporté 80 tant drapeaux que cornettes, 11 pièces de canon, tout le bagage, 6000 sacs de blés et 40 milliers de poudre, qu’ils voulaient jeter dans Brisach. le combat a duré depuis une heure après midi jusqu’à 10 heures du soir. Il est demeuré 3000 hommes sur place, dont monsieur de Weimar en a perdu 4 ou 500 cents. C’est monsieur de Weimar qui a attaqué les ennemis, après les avoir cherchés deux jours entiers. Tubal (Taupadel) et Vernancourt seuls ont été emmenés prisonniers, poursuivant trop chaudement les ennemis, entre lesquels ils se trouvèrent seuls trop avancés. Monsieur de Weimar a plus de 800 prisonniers. » 
(Source : Lettre du cardinal de Richelieu aux Maréchaux de la Force et Châtillon le 21 août 1638)

« Le Roi lui envoya (au duc de Weimar), pour renforcer son armée, le sieur de Guébriant avec 4000 hommes de pied qui le joignirent. (…)
Sa Majesté lui envoya, à la fin de juin, le vicomte de Turenne avec un corps assez considérable, composé pour la plus grande partie de Liégeois qu’il avait levé à Liège. Car Sa Majesté voulant rendre ses armées plus puissantes, (…) enviya dès la fin de l’année précédente (1637) le sieur d’Aigueberre, aide de ses camps et armées, à Liège pour y faire la levée de 26 cornettes de chevau-légers, 10 de mousquetaires à cheval, toutes de 100 hommes chacune, et de 40 compagnies d’infanterie de 150 hommes chacune, pour faire 6000 hommes de pied et 3600 chevaux, et envoyer la cavalerie par terre en France   , et l’infanterie par mer par voie de Hollande. (…)  Mais à peine une partie desdites troupes arrivées à leurs quartiers, que Piccolomini les vint attaquer, la nuit du 18 mars, dans leur quartier, où elles n’étaient que depuis un jour. (…)
Le vicomte de Turenne, que Sa Majesté y envoyait pour les commander et conduire en France lorsqu’elles seraient en état de marcher, y arriva incontinent après qu’elles eu reçu cet échec, et fit faire la revue de ce qui restait, qu’il ramena au commencement de mai en France, avec ceux qui furent encore levés depuis, qui tous ne montèrent que jusqu’à 3000 hommes. (…) Sa Majesté les fit passer devers le duc de Weimar.
Goetz et Savelli s’étant joints ensemble pour tenter encore le secours, et escortant, avec toute leur armée le long du Rhin, des bateaux chargés de blé qu’ils voulaient conduire dans Brisach, Weimar les alla attaquer lui-même près de Wiltzenheim, et après un combat de huit heures, opiniâtreté de part et d’autre, demeura maître des deux champs de bataille, du canon, vivres, munitions et de la plus grande part du bagage des ennemis. » 
(Source : Mémoires de Richelieu)


 Bernard de Saxe-Weimar

Jean-Baptiste Budes comte de  Guébriant 


lundi 18 mars 2013

Battle of Wittenweier, 9 of august, 1638

La bataille de Wittenweier réunit un des plus grands généraux allemands (Bernard de Saxe-Weimar), et deux des plus grands généraux français de la guerre de Trente ans (Guébriant et Turenne).
L'armée franco-weimarienne de Bernard, Guébriant et Turenne affronte l'armée Bavaroise et Impériale de Götz et Savelli sur les bords du Rhin.

The Battle of Wittenweier meets one of the largest German generals (Bernard of Saxe-Weimar), and two of the greatest French generals of the Thirty Years War (Guébriant and Turenne).

The Franco-Weimarian army of Bernard and Turenne Guébriant faces the Bavarian army and Imperial Götz and Savelli on the Rhine.

« Il y avait longtemps que le duc de Weimar cherchait l’occasion pour attirer le général Goetz en campagne, et de le voir en état de combattre. Il apprit dans Fribourg le 5 août que ce général était résolu de faire entrer grande quantité de vivres dans Brisach, tant par terre que par bateaux, et qu’à cet effet le duc de Savelli l’avait joint avec 2000 chevaux et 2000 hommes de pied. Ce qui l’obligea de venir camper près de Kenzingen, à six lieues de Fribourg, moitié chemin d’Ossembourg à Brisach, et de joindre aussi à son armée les troupes françaises du comte de Guébriant et celles du vicomte de Turenne, qui consistaient en 1400 hommes de pied et 4 ou 500 chevaux. Et suivant le dessein qu’il avait sur cette place de Kenzingen, qu’il était allé reconnaître dès le 7, il donna l’ordre en même temps au comte de Guébriant de s’avancer avec une grande partie de l’armée, et se saisir du poste de Molberg. Étant donc à cheval avec six régiments de cavalerie commandés par le général Dubatel (Taupadel) et 2000 hommes de pied, pour reconnaître encore plus la place, et ordonner les lieux par où elle devait être attaquée, il reçu avis que l’armée ennemie devait le lendemain arriver près du Rhin, et finalement que toutes les troupes de cavalerie et infanterie étaient à Schuteren, qui n’est quà une lieue et demi de Molberg. Après avoir un peu reposé à Kenzingen, il en partit sur la nuit, et fit avertir le vicomte de Turenne de tenir toutes choses prêtes pour marcher vers Molberg où il fut le lendemain au point du jour, et y trouva les troupes du comte Guébriant toutes disposées, de sorte qu’en même temps il marcha contre les ennemis en bel ordre de bataille.
Les ennemis ayant été découverts par notre avant-garde commandée alors par le vicomte de Turenne, gagnèrent le haut d’une montagne qui était au-delà d’une petite rivière, et avaient aussi devant eux un village assis au pied de la montagne, où étaient une forte église, et quelques maisons de défense, avec les avenues qui se trouvaient avantageuses pour eux, de sorte qu’ils mirent en batterie leurs canons, qui consistaient en onze pièces, les unes de 24 livres de balle, et les moindre de 6 livres. Ils prétendaient par ce moyen d’éloigner les nôtres, et d’empêcher le duc de Weimar de se mettre en bataille si proche d’eux. Ce qui témoignait qu’ils n’avaient pas grande envie de combattre. mais les nôtres étaient en impatience d’en venir aux mains. De fait quelques Français ayant été commandés de reconnaître les avenues, poussèrent si avant, que s’étant exposés au canon des ennemis, 100 ou 120 demeurèrent sur la place. Le duc de Weimar voyant que les ennemis s’étaient mis en lieu de sûreté, et qu’il ne lui était pas possible de les en déloger, après avoir répondu de son canon, qu’il avait mis en batterie sur une montagne opposée à celle que les ennemis avaient occupée, pensa désormais à la retraite, qu’il fit en bon ordre, et reprit son premier poste à Molberg, où l’arrière-garde conduite alors par le comte de Guébriant arriva sur les quatre heures du soir.
L’ennemi partit de ce poste dès la pointe du jour, et le duc de Weimar l’ayant crû de la sorte, bien que les rapports qu’on lui  en faisait fussent différents, avait commandé que chacun pensât à se rafraîchir, pour être prêt au premier commandement, tellement que le 9 août il envoya vers le Rhin les régiments d’Ohm, rosen, Nassau et Podebus (Potbus), et ne tarda guère à les suivre.
La marche de son armée était en cet ordre. L’avant-garde commandée par le comte de Guébriant était composée de 5 bataillons d’infanterie au milieu de 14 escadrons de cavalerie, savoir 7 à sa droite et autant à sa gauche. le régiment de Dubatel (Taupadel) composait les deux premiers et plus avancés escadrons de la droite. À leur gauche étaient deux escadrons de Schen (Schon), et à la gauche ceux de ceux-ci deux autres de Calembach (Caldenbach), fermés par un escadron de Retachau (Rotenhan), qui avait à sa gauche l’infanterie, savoir le régiment de Rebé, et à la gauche de celui-ci le régiment de Boyon (Bovyon), puis ceux de Vandy et Sauveboeuf, celui de Sinot fermé par celui de Schomberg, qui avait à sa gauche 2 escadrons de Podebus (Potbus), ceux-ci trois de Rose (Rosen), fermés par deux de Nassau. Tout cela ne composait que la première ligne.
Sur la seconde étaient, pour l’arrière-garde commandée par le vicomte de Turenne, 8 escadrons de cavalerie, et au milieu d’eux, 3 bataillons d’infanterie. Le premier de ces escadrons était Kanofski (Kanoffsky), les trois de sa gauche ceux de Schmidberg, et à la gauche de ceux-ci le régiment de gens de pied de Vernancourt, et à la gauche de de celui-ci le régiment de Forbus, qui avait les Liégeois à la sienne, et ceux-là avaient encore à leur gauche 3 escadrons fermés par celui de Wittersheim.
Le corps de bataille était composé de deux escadrons d’Ohem (Ohm), et le tout faisait 24 escadrons de cavalerie et 8 bataillons d’infanterie, outre les troupes de réserve commandées par Canofsi (Kanoffsky).
Les impériaux combattirent pour leur part avec 24 escadrons de cavalerie et 11 bataillons d’infanterie, qui étaient les uns et les autres plus forts que les nôtres de 3 à 4000 hommes.
Notre armée marcha durant deux heures en des chemins couverts, et en bon ordre ; après quoi elle fit rencontre de l’avant-garde de l’ennemi. le duc de Weimar avait déjà pris l’aile gauche à conduire laissant la droite au comte de Guébriant, auquel il demanda de détacher les enfants perdus, et de mettre l’avant-garde en bataille. On fit jouer le canon de  part et d’autre, qui donnait dans les escadrons et bataillons opposés. Ensuite de quoi commença la mêlée à une heure après midi, et l’avant-garde de l’ennemi fut rompue au premier choc de droite et de gauche, ayant été renversée dans un grand fossé qu’elle avait derrière soi, elle y laissa 7 pièces de canon, deux desquelles étaient de 24 livres de balle, et le duc Savelli, qui la commandait, ne tint pas plus ferme que les autres, mais courut grande fortune d’être pris pour une troisième fois, et fut ensuite blessé de deux coups de pistolet dans les reins.
L’arrière-garde des ennemis, commandée par le général Goetz, témoigna beaucoup plus de courage et de valeur, elle traversa toute la forêt, et surmontant l'âpreté des chemins, vint rencontrer les nôtres par le côté ou Dubatel (Taupadel) et Schem (Schon), qui avaient changé leur ordre et pris rang dans l’arrière-garde, furent contraints de plier, Dubatel (Taupadel) combattant vaillamment, après avoir rompu les régiments de Goetz par trois fois, fut fait prisonnier. Le vicomte de Turenne, se mêlant l’épée au poing parmi les ennemis, ne laissait pas de donner les ordres par tous les rangs des siens, dont était le régiment de Vernancourt, qui fut défait, et le colonel pris pas ses ennemis, au pouvoir desquels demeurèrent quelques canons des nôtres, jusqu’à ce que le duc de Weimar ayant tourné tête de ce côté-là, avec le comte de Guébriant, le colonel Schomberg  et aucuns des plus résolus qui se trouvèrent près de lui, fondit sur cette arrière-garde.
Ce fut lors que le combat fut opiniâtreté plus que devant, et la victoire demeura incertaine pendant cinq heures parmi les bons succès des uns et des autres. Tous nos escadrons, voire l’armée entière, furent plusieurs fois à la charge. L’infanterie qui eut l’honneur d’être commandée par le duc de Weimar en personne, témoigna une grande fermeté, et les plus tardifs des mousquetaires y firent leur décharge six ou sept fois, le combat ayant duré jusqu’à la nuit, qui donna moyen aux ennemis de se retirer, après avoir perdu leur champ de bataille, comme ils avaient abandonné leur poste à la première rencontre des nôtres.
Après la bonne conduite et le courage du duc de Weimar, qui assembla plusieurs fois les cavaliers, les mena à la charge, et la digne assistance du vicomte de Turenne et du comte de Guébriant, presque tous les officiers de l’armée, Français et Allemands, rapportèrent sur eux, ou sur leurs chevaux marques honorables du service qu’ils avaient rendu.
Les ennemis y perdirent près de 2000 hommes morts sur place, où étaient plusieurs chefs et officiers, outre quantité de blessés, 1200 ou 1500 prisonniers, parmi lesquels on a compté près de 200 officiers, hauts ou bas. Toute leur artillerie consistant en 11 pièces, tant grosses que petites, avec deux gros mortiers, le bagage, 5500 sacs de blé, quarante milliers de poudre, et 84 cornettes ou drapeaux, dont les devises principales se voient en l’Extraordinaire du 23 septembre, avec 2 ou 3000 chariots, demeurèrent au pouvoir du vainqueur. (…)
Le duc de Weimar après avoir été deux jours sur le champs de bataille, près Wittenweier, en partit le 11 août, et ne perdit que 500 soldats, ou cavaliers, avec quelques officiers, entre autres le colonel Sinot Irlandais. Le comte Guillaume Otho de Nassau, et les colonels Rose (Rosen) et Rotenhan furent fort blessés. Il y eut fort peu de prisonniers de sa part, les seuls considérables desquels furent le général major Dubatel (Taupadel) et son maréchal des logis. Il y perdit aussi pendant la mêlée avec Goetz combattant avec l’arrière-garde, 8 cornettes et 14 drapeaux. Après la bataille, le colonel Ohm Suédois, avec quelques escadrons de cavalerie, se mit à poursuivre les fuyards, et le duc de Weimar avec son infanterie et 4 escadrons de cavalerie se présenta devant Kenzingen.  » 
(Source : Mercure Français de 1638)


Les contingents du comte de Guébriant et du vicomte de Turenne :

État des troupes que le Roy fait passer présentement en Allemagne, sous le commandement du sieur de Guébriant Maréchal de Camp, pour fortifier l’armée de Monsieur le Duc de Weimar, le 13 mars 1638.



Le régiment de Vandy de 20 compagnies sans comprendre les recrues         700 hommes
Le régiment de Rébé aussi de 20 compagnies, sans comprendre les recrues 700
Celui du sieur de Sauvebeuf Maréchal de Camp                         600
Celui de Cargret de 12 compagnies                         600
Celui du colonel Schmidberg, composé de 15 compagnies      1200
Les nouvelles levées dudit sieur Schmidberg              1000
Le régiment de Sinot Irlandais                                300
Des troupes qui sont en Alsace                        300
Total desdites troupes                                     5400 hommes

Les régiments amenés par le vicomte de Turenne sont les régiments de Bovyon et de Vernancourt composés de 1500 hommes de pied et 800 chevaux liégeois. Mais ils seront moins de 1400 hommes de pied et moins de 500 chevaux le jour de la bataille.


Ci-dessous : représentation de la bataille de Wittenweier selon le Theatrum Europaeum. L'ordre de bataille franco-weimarien est faux, le graveur n'ayant représenté que les troupes weimariennes.

Below : drawing of the battle of Wittenweier according to the Theatrum Europaeum. The order of battle of the franco-Weimarian army is false, the engraver having represented only the weimarian troops.



dimanche 10 mars 2013

Bernard von Saxe-Weimar cavalry, july 1635



Liste de la cavalerie du Duc Bernard de Saxe Weimar, le 12 juillet 1635.
(Source : Gazette extraordinaire n°102 du 26 juillet 1635)

Ayant été le 12 de ce mois compté plus de huit mille chevaux effectifs du Duc de Weimar, en voici la liste que le Vicomte de Roussille a apporté.

Le seigneur de Bouillon colonel du régiment de son Altesse de Saxe-Weimar, à 6 cornettes faisant 600 chevaux.
Le Rhingrave, lieutenant-général de la cavalerie, 12 cornettes faisant 800 chevaux.
Doubald colonel (Taupadel ?), 5 cornettes faisant 300 chevaux.
Le Landgrave Jean de Darmstadt, 7 cornettes faisant 600 chevaux.
Plato, 8 cornettes faisant 400 chevaux.
Canofsky (Kanoffsky), 8 cornettes faisant 500 chevaux.
Ossiect, 7 cornettes faisant 500 chevaux.
Oem (Ohm), 8 cornettes faisant 600 chevaux.
Pekerman, 7 cornettes faisant 300 chevaux.
Rose (Rosen), 4 cornettes faisant 200 chevaux.
Wrangel, 4 cornettes faisant 250 chevaux.
Brink (Brinck), 8 cornettes faisant 400 chevaux.
Stenaker, 4 cornettes faisant 200 chevaux.
Obr. Wachtmeister, 5 cornettes faisant 350 chevaux.
Horn, 8 cornettes faisant 400 chevaux.
Forbur (Forbus), 7 cornettes faisant 450 chevaux.
Calembach, 7 cornettes faisant 300 chevaux.
Bodendorf, 7 cornettes faisant 350 chevaux.
Et trois autres colonels faisant 850 chevaux.
Somme : 8350 chevaux.

Son infanterie est en garnison dans Mayence, Francfort, Frankendal, Caseloutre, le château d’Heidelberg, Manheim et autres places du bas Palatinat, ne s’étant réservé que les régiments d’un des Batilly, du duc de Wurtemberg et du colonel Limbach, faisant 3 à 4000 hommes. C’est l’une des plus vieilles milices d’Allemagne, laquelle jointe aux 10 à 12 000 Allemands du sieur de Feuquières et à la puissante armée du Cardinal de la Valette, fera plus de la moitié de la peur au général Galas.


Bernard de Saxe-Weimar (1604)

jeudi 3 novembre 2011

Siège de Saverne 1636


Voici une relation du siège de Saverne, en Alsace, d'après les mémoires de Henri Campion (lieutenant au régiment de Normandie) :
Here is an account of the siege of Saverne, in Alsace, 1636, according to Hanri Campion, who was lieutenant in the Normandy regiment :

« Nous poursuivîmes ensuite notre route sans aucun accident, et conduisîmes douze cents hommes au régiment de Normandie, qui avait ses quartiers d’hivers aux environs de Sens.  Le cardinal de la Valette l’ayant demandé pour servir sous ses ordres, il marcha en Lorraine, où était le rendez-vous des troupes. Quant au cardinal, il se trouvait déjà en Alsace avec un corps d’infanterie et quelqu’infanterie, pour empêcher, conjointement avec le duc de Weimar, le général Galas, qui avait ses quartiers à la rive droite du Rhin, de pénétrer en Alsace et de rien entreprendre contre les villes de Colmar, Schelestat, Benfeld et Haguenau. Ces deux généraux attendaient le reste de leurs troupes pour attaquer Saverne, dont on a dit que Galas s’était emparé à la fin de la campagne précédente.
Le vicomte de Turenne, maréchal de camp, était à Pont-à-Mousson pour assembler l’infanterie qui s’y rendait de divers endroits, et d’où il avait déjà envoyé en Alsace des compagnies détachées et ce qu’il avait de cavalerie, en attendant qu’il pût y marcher lui-même avec les troupes qui n’étaient pas encore arrivées. Le duc de Weimar, que l’inaction fatiguait, surprit un fort au-dessus du faubourg de Saverne, et, ayant fait pointer le lendemain son canon contre la basse ville, dont les murailles sont assez faibles, l’on y fit une brèche. De l’infanterie française et allemande, aux ordres de Nettancourt, mestre de camp, fut aussitôt commandée pour donner l’assaut. Il marcha fort résolument, monta à la brèche sans résistance ; mais quand les troupes furent au-delà, elles se trouvèrent environnées de bonnes traverses bien flanquées, et si accablées du feu qui en partait, que deux cent hommes des plus avancés furent contraints de se mettre à couvert entre la brèche et les traverses, dans une maison où l’on porta Nettancourt blessé d’une mousquetade au travers du corps. Beaucoup d’officiers et de soldats furent aussi blessés et tués, et on compta au nombre des derniers le comte de Hanau, seigneur allemand. Le comte de Guiche, alors maréchal de camp, qui s’était porté à l’attaque, y reçut plusieurs coups dans sa cuirasse, et fut obligé de se retirer avec le reste de ceux qui y avaient marché.
Ce rude commencement fit agir avec plus de précaution, et l’on commença à attaquer les assiégés pied à pied ; mais ils se défendaient si bien, que l’on ne gagnait pas un pouce de terre sans combat. Nous arrivâmes en ce temps là, logeâmes à Saint-Jean-des-Choux, et entrâmes en garde le jour même. L’on ne faisait point de tranchées, et l’attaque se dirigeait contre des maisons que les ennemis défendaient, après les avoir flanquées de bonnes barricades et de grandes traverses sur lesquelles notre canon ne pouvait se pointer, parce qu’elles étaient couvertes par les ruines des maisons du faubourg. Quand, après avoir bien disputé une traverse ou une maison, les ennemis étaient contraints de l’abandonner, il y mettaient le feu et se retiraient derrière d’autres barricades ou traverses. Toute la basse ville était fortifiée de cette manière, et la haute n’était pas encore attaquée. Milen (ou Milhaim), colonel allemand, homme d’une haute estime, que ce siège augmenta encore à nos dépends, commandait dans la place. Son lieutenant-colonel, excellent ingénieur, avait fait exécuter tous les travaux dont je viens de parler. A notre première garde, le colonel Hébron, écossais, maréchal de camp, fut blessé d’une mousquetade dont il mourut deux heures après : c’était un très-bon homme de guerre, et qui avait bien servi. Le lendemain le régiment de la Bloquerie perdit cinq cent hommes à une sortie que firent les ennemis. La puanteur de leur corps, qu’on ne put retirer, et qui étaient tous les uns sur les autres, fut une de nos grandes incommodités pendant le siège. Un autre jour, le régiment de Grancey perdit une partie de ses officiers et soldats à une attaque qui ne réussit pas. Nous l’entreprîmes le lendemain, et nous rendîmes maîtres de la maison qui était disputée. Montsolins, capitaine de notre régiment, y fut blessé à la tête, et Chateau, lieutenant, tué. Le vicomte de Turenne y eut aussi un bras cassé. Le siège continua avec la même chaleur jusqu’au quarantième jour, quoique l’on eût emporté la brèche dès le premier. Nous étions dans le milieu de la basse ville, toujours à la longueur des piques, n’y ayant que les traverses et barricades entre nous et les ennemis, lorsque le défaut de vivres les obligea de capituler (le 14 juillet 1636). Ils sortirent de la place encore au nombre de mille des meilleurs hommes et les mieux faits que j’ai jamais vus ; ils eurent la composition qu’ils voulurent, et allèrent joindre Galas, qui les reçut comme des vainqueurs ; ce qu’ils méritaient bien, jamais gens ne s’étant mieux défendus dans une méchante place.
Pendant ce siège, où nous eûmes plus de deux mille hommes tués, l’armée espagnole des Pays-Bas, commandée par le prince Thomas de Savoie, prit la Capelle, le Catelet, Corbie, Roye et Mondidier, ce qui répandit l’épouvante dans le royaume.
(…) »

 
Et voici ce même siège d'après le comte de Guiche (Mémoires de Grammont :
And here is an account if this same siege, from the Memories of Grammont (count of Guiche) :

« [1636] La campagne suivante, le duc de Weimar, qui avait fort goûté le comte de Guiche, et qui le trouvait à son point, le demanda au Roi pour commander ses troupes sous lui. Et ayant marché en grande diligence avec peu de cavalerie, et laissé le comte de Guiche à Vergaville avec le reste de ses troupes, il fit l’entreprise du fort de Saverne : ce qui lui ayant heureusement réussi, il songea à attaquer la place, quoiqu’il y eût dedans douze cents hommes de la meilleure infanterie de l’Empereur, et qu’il manquât de canon et de munition. Mais la place (le fort étant pris) était de soi si mauvaise, et le passage si important, qu’il manda au comte de Guiche de marcher en toute diligence pour en venir former le siège.
Le soir qu’il arriva, le duc de Weimar, qui avait envie d’expédier la besogne, fit ouvrir la tranchée ; et le troisième jour, le canon ayant fait une brèche à la muraille, où l’on ne pouvait monter qu’avec une échelle, il se résolut, un peu à la manière allemande, de faire donner l’assaut. Le comte de Guiche, ainsi que nombre d’officiers principaux, jugeant la chose impraticable, s’y opposa autant qu’il put ; mais comme la continuation d’une négative n’eût pas été admise chez un général allemand, qui ne fait pas cas des répliques lorsqu’il s’est déterminé à vouloir quelque chose, le comte de Guiche, ne pouvant vaincre son opiniâtreté, prit le parti de l’obéissance, et donna les ordres nécessaires pour l’attaque, à laquelle le duc de Weimar lui avait défendu de se trouver en personne.
Cependant comme la chose le regardait en quelque façon, d’autant que son avis n’avait pas été d’attaquer, il se mit à la tête des capitaines qui devaient soutenir les gens commandés. Le sieur Fabert, depuis maréchal de France, qui lui était fort attaché, ne le voulut pas quitter : l’assaut fut terrible, de même que la défense des assiégés. Cependant on ne se rendît maître de la brèche, et on entra dans une maison de la ville, laquelle ayant été bien retranchée par les ennemis, et pleuvant du haut de la muraille un nombre infini de grenades et de coups de mousquets, tous les officiers et la plupart des soldats ayant été tués ou blessés, il fallut abandonner ce qu’on ne pouvait conserver, et se retirer par le chemin qu’on avait fait. Le comte de Guiche y eut tous ses gentilshommes tués à ses côtés, et y reçut neuf mousquetades, tant sur ses armes que sur lui. Il demeura longtemps dans le fossé sans autre assistance que celle du sieur Fabert, qui, quoique blessé de trois coups, le retira néanmoins du fossé et des morts, au milieu de qui il était depuis plus d’une heure.
Le comte de Hanau, qui avait été à l’assaut avec le comte de Guiche, retourna trouver le duc de Weimar, qui était dans le fort, d’où il voyait l’attaque, pour lui dire que c’était honte d’abandonner ainsi le comte de Guiche dans l’état où il était, et lui proposa de le faire soutenir, et de le dégager avec un renfort de troupes allemandes à la tête desquelles il se mettrait. Pour cet effet, le duc ordonna les régiments des colonels Candec et Sandelants : le comte de Hanau, qui marchait à leur tête, fut tué d’abord, et les deux colonels pareillement ; ce qui ayant été rapporté au duc de Weimar, et que toute son infanterie était rebutée, il sortit lui-même en sa personne ; et après avoir fait deux pas en avant, il reçut une mousquetade qui lui coupa un doigt de la main. De cet instant, tout se mit en confusion, et ce fut par un miracle que le sieur Fabert sortit le comte de Guiche du fossé, et le rejeta dans le fort. Ce siège est un des plus mémorables qui se soit fait, tant par sa durée que par son opiniâtre défense. Les ennemis défendirent pied à pied toutes les rues, et ne se rendirent avec capitulation qu’à la dernière. L’on a perdu l’usage depuis ce temps-là de défendre les places de cette façon. Le colonel Hébron y fut tué, et le vicomte de Turenne y eut la main cassée. C’est ainsi que finit le siège de Saverne.
»