La défaite générale de
l’armée de l’Empereur commandée par le général Tilly, par le Roy de Suède.
Avec la prise de six
vingts cornettes, soixante drapeaux, & vingt-cinq pièces de canon.
Ensemble la prise de
la ville de Hal par ledit Roy, & la mort de Tilly.
A Paris, chez Jean Martin, sur le Pont Saint-Michel, à
l’Anchre double.
Avec permission.
La défaite de
quatorze mille hommes de l’armée de Tilly par le Roy de Suède.
Avec la prise de six
vingts cornettes, soixante drapeaux, & vingt-cinq pièces de canon.
Nous
avons maintenant ici des nouvelles qui nous contentent de telle sorte que je ne
vous saurais exprimer la jouissance qu’elles donnent à tout le public, tant
pour la victoire obtenue par les Hollandais sur les Espagnols, que pour la
défaite de l’armée de Tilly par le Roy de Suède près Leipzig.
Ledit
Roy ayant donc mis heureusement en état tous ses affaires, le treizième de
septembre qui était un samedi, il passa le pont de Witemberg avec son armée, et
sa campa demie lieue au delà de la ville. Le dimanche il logea son camp en la
ville de Diebe, où sur le soir arrivèrent les deux Electeurs, de Saxe et de
Brandebourg.
Ledit
Roy demeura pour cette nuit en son camp, et lesdits seigneurs Electeurs furent
logés dans la ville : mais ils ne se virent point pour ce soir là. Et
l’armée Electorale se campa cette nuit à demie lieue de là.
Lundi
de bon matin l’armée dudit Electeur se mit à marcher en fort bel ordre de
bataille vers celle du Roy, alors ledit Roy et les Electeurs entrèrent en
conférence tous à cheval.
Le
Roy ayant donc visité l’armée dudit Electeur, il les mena tous deux dans son
pavillon où fut tenu le conseil de guerre, et les armées firent halte jusque
sur le soir, qu’elles commencèrent à marcher, sur les nouvelles qui arrivèrent
que Tilly avait pris le bagage du colonel Bindau.
L’Electeur
de Saxe donna les départements à l’armée suédoise, et promit aux gens de guerre
qu’ils ne manqueraient point de vivres tant qu’ils séjourneraient dans son
pays.
Le
bruit s’épand partout que le Roy est entièrement résolu de donner bataille, et
qu’à cette intention il s’achemine droit vers Tilly, sur cela quelques espions
rapportent que Tilly était sur le point de reculer, les autres, qu’il se
délibérait d’attendre le choc. Ce qu’entendu par le Roy, il lève les mains au
ciel en disant aux Electeurs : Dieu le
veuille bien inspirer d’attendre le combat. Lesdits Electeurs entendant la
résolution du Roy, commencèrent à faire tous les meilleurs souhaits qu’ils
peuvent, pour l’heureuse issue de son dessein, et sur cela ils se départirent.
Le
12 de ce mois ont été délivrés entre les mains de tous, des copies du traité de
l’union dudit Roy et des Electeurs, le commandement et la direction de tout
demeure audit Roy : l’armée duquel est de vingt-huit mille hommes, celle
des Electeurs de vingt mille et dix mille Elus. L’Electeur de Saxe a donc
maintenant trois puissantes armées dans son pays.
Le
seizième de septembre, le comte de Tilly a pris par composition la ville de
Leipzig, ayant accordé à ceux qui étaient dedans les conditions avantageuses
qu’ils lui ont demandées, afin d’avoir promptement cette place à sa
disposition, pour à quoi parvenir il n’a rien épargné, jusqu’à faire arrêter
tous les courriers envoyés à ceux de la ville pour les assurer d’un prompt
secours.
Il a
donné à la garnison qui était en icelle, trois mille hommes pour la conduire à
six lieues de là, et recommandé aux chefs dudit convoi de découvrir et
reconnaître qu’elle brisée prenait le Roy de Suède. Mais ledit Roy a investi ce
convoi, et taillé en pièces la plupart d’icelui.
Cela
fait, l’armée suédoise renforcée de celle du duc de Saxe, est allée affronter
celle dudit Tilly, étant encore logée entre ici et Leipzig. De sorte que le
mercredi dix-septième elle a commencer à la charger, l’armée de l’Electeur ayant
l’avant-garde. Mais d’autant que celle de Tilly est toute fondue sur elle, elle
a été contrainte de se retirer. Toutefois quatre régiments, à savoir ceux des
colonels Arnhem, Bindau, Taube et Vizetum, ont si magnanimement combattu et
tenu ferme qu’en ce conflit ils ont perdu force gens.
Ce
que le Roy de Suède ayant entendu, il est accouru au secours de ladite armée de
Saxe, et après un furieux combat, qui a commencé le dix-septième de ce mois à
neuf heures, et duré le jour et la nuit ensuivante.
Tilly
enfin a été contraint de quitter la partie et se sauver voyant son armée mise
en fuite, après avoir perdu quatorze mille des siens qui sont demeurés étendus
sur le champ de bataille.
Ledit
Roy de Suède et l’Electeur y ont perdu environ (six?) mille hommes. Ledit
n’a pas encore été quitte pour cela, car en se sauvant à Hal, où il s’est
retiré, les Suédois lui ont encore tué et pris prisonniers plusieurs.
On
amène ici à toutes les heures du jour des prisonniers, entre lesquels se
retrouve le duc de Holstein. Tout l’équipage dudit Tilly est demeuré aux
Suédois en cette déroute, vingt-cinq pièces d’artillerie, six-vingts cornettes,
et soixante drapeaux.
En
somme on ne saurait donner de trop dignes louanges à ces victorieux, pour ne
s’être ouï parler depuis cent ans d’une telle Tilly se retrouve tellement
abattu et ruiné qu’il ne se peut guères davantage. Si le Roy ne se fût
promptement avancé pour secourir l’armée de Saxe, elle courait fortune d’être
défaite, ce qu’aussi prévoyait ledit Roy, il avait conseillé l’Electeur de
mêler ses nouvelles bandes avec ses vieux régiments.
Or
comme ce Roy est naturellement doué d’une magnanimité incroyable, après avoir
rendu grâces à Dieu de cette signalée victoire, il a mené l’Electeur de Saxe au
champ de bataille, et lui faisant voir le carnage de leurs ennemis étendus sur
la place, il lui a demandé si cet ouvrage ne lui plaisait pas. Le Roy brûle de
désir de poursuivre la victoire, se promettant bien de voir Tilly à la fin en
sa puissance : et pour cet effet il a envoyé trois mille hommes pour
investir la ville de Hal et occuper tous les passages.
On
ne saurait assez dignement décrire la valeur que les Suédois ont fait paraître
en ce furieux combat, dans lequel ils se sont fait voir des rochers à soutenir
leurs ennemis et à les renverser.
Le
Roy fait maintenant un mélange de ses troupes avec celles de l’Electeur. Il est
tout présentement arrivé nouvelles que les Suédois ont pris la ville de Hal, et
que sur cette nouvelle la garnison impériale qui était dans Leipzig a abandonné
la ville.
On
donne avis d’Anvers, que les Suédois et les Tilliens se sont choqués devant
Leipzig, et qu’il en est demeuré beaucoup de part et d’autre sur le champ de
bataille, qui est demeuré à la fin aux Suédois, lesquels ont défait 4 des
meilleurs régiments dudit Tilly, à savoir ceux de Croneberg, de Schaumberg, du
Coradin et de Cortembach, et qu’avec cela ils ont pris quelques pièces de
canon. On dit que Tilly même est blessé d’une arquebusade au bras ; et que
ceux de l’Electeur sont demeurés plusieurs personnes de considération.
On
écrit de Cologne que la garnison que Tilly avait mise dans Leipzig, ayant su sa
déconvenue en a délogé sans trompette, et laissé quatre cent mille livres que
les habitants avaient promis pour leur rançon. Le comte Foucre en a fait autant
de l’Abbaye de Fulde. On vient de recevoir avis que les Suédois ont pris Hal,
et là dedans le général Tilly blessé à mort, lequel le Roy ayant fait venir
devant lui, aurait expiré en sa présence.
Gustave-Adolphe à la bataille de Breitenfeld, par Johann Walter, 1632. Musée historique de Strasbourg.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire